Frédéric Bétous

Directeur artistique et contre-ténor

Après un cursus spécialisé au CNR de Toulouse, Frédéric Bétous chante principalement sous la direction d’Hervé Niquet (Le Concert Spirituel), Rachid Safir (Solistes XXI), Joël Suhubiette (Les Elements & Jacques Moderne), Antoine Guerber (Diabolus in Musica) & Paul Van Nevel (Huelgas ensemble).

Attiré par le répertoire polyphonique, il fonde l’ensemble La Main Harmonique avec lequel il entreprend l’exploration des chefs d’œuvres musicaux de la Renaissance européenne, et questionne le rôle de l’artiste musicien au XXIe siècle par le biais de programmes transversaux dans lesquels se côtoient musique ancienne et contemporaine.

En été 2011, il lance avec Nadia Lavoyer le festival « Musique en Chemin », festival où se côtoient musiques anciennes et contemporaines, situé en Gascogne, sur une portion du Chemin de Compostelle au cœur de l’Armagnac, dans le nord du Gers.

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© Loïc Arnaud

Quatre questions à Frédéric Bétous


Quelles ont été les rencontres marquantes de votre carrière ?

Peu de temps après avoir terminé mon cursus au Centre d’Etudes Supérieurs de Musique du Conservatoire de Toulouse, j’ai eu la chance de créer une pièce d’Alexandros Markeas à la Villa Médicis à Rome. C’était avec l’ensemble Les Jeunes Solistes (aujourd’hui Solistes XXI) de Rachid Saphir. Ce fut une de mes premières expériences de musique contemporaine comme chanteur. Tout naturellement a commencé à s’installer ce va-et-vient entre musique ancienne polyphonique et musique contemporaine. Beaucoup avec Rachid Saphir, autour de compositeurs tels que Brice Pauset, Régis Campo, Thierry Pécou, Claude Vivier, Peter Eötvös, mais aussi beaucoup avec le chœur de chambre Les Eléments que dirige Joël Suhubiette, pour qui ce va-et-vient entre musique ancienne et contemporaine est une pratique courante (je pense à des compositeurs comme Vincent Paulet, Philippe Hersant, Patrick Burgan, Ton That Thiet…)

Durant plusieurs années, j’ai chanté avec de nombreux ensembles, dont les principaux ont déjà été cités. Il faudrait rajouter pour la musique ancienne l’ensemble Diabolus in Musica d’Antoine Guerber, l’ensemble Jacques Moderne de Joël Suhubiette, le Concert Spirituel d’Hervé Niquet, et enfin le Huelgas ensemble de Paul van Nevel.


Pourquoi « La Main Harmonique » ?

Au plan musicologique, c’est un clin d’œil à Guido d’Arezzo (XIe siècle) et à sa « main guidonienne », un moyen mnémotechnique de lecture à vue pour le chant. Symboliquement, elle représente pour moi « la main » de l’homme, et les « harmoniques » renvoient à la création artistique. Et c’est aussi un très joli logo !


Qu’est-ce qui préside au choix du répertoire de La Main Harmonique ?

C’est la question de comment donner à entendre des musiques qui, bien qu’extraordinaires, peuvent se révéler difficiles à appréhender à notre époque. Leur contexte culturel, aujourd’hui disparu, y est pour beaucoup. Il faut imaginer, par exemple, un petit groupe de gens issus de la bonne société de l’Italie du XVIe siècle qui se retrouvent autour d’une table, en toute intimité, pour chanter des madrigaux… Interpréter ces musiques sous la forme « concert » d’aujourd’hui implique des compromis nécessaires pour adapter les nuances, l’intelligibilité du texte, et l’écoute entre les chanteurs. C’est pour de telles raisons qu’il est assez rare d’entendre la musique polyphonique de la Renaissance au concert. Aussi, je trouve intéressant d’aborder certains répertoires, notamment les chansons et les madrigaux, en leur donnant un contexte contemporain, lié soit à une commande à un compositeur, soit à la rencontre d’une autre forme d’expression artistique…


Vous êtes aussi à l’initiative d’un festival et vous accordez du temps à la pédagogie, pourquoi ?

La Main Harmonique a la chance d’être en résidence au cœur du Gers, dans le cadre magnifique du village de La Romieu et de sa collégiale médiévale sur le Chemin de Compostelle. L’envie d’y organiser un festival est venue tout naturellement. C’est ainsi qu’est apparu Musique en Chemin. Nous tâchons d’offrir au public une programmation riche dans une ambiance conviviale et ouverte.
Pour ce qui est de mon implication pédagogique, le répertoire de la Renaissance et de la musique nouvelle qui peut lui être associé est encore peu abordé par les chœurs amateurs. Avec le Chœur Ambròsia, je partage avec des chanteurs d’horizons divers ma pratique de ces répertoires. Nous proposons aussi, lors de stages, des initiations à l’interprétation de la musique du XVIe siècle, comme la pratique de la polyphonie au lutrin par exemple. Je souhaite que La Main Harmonique soit un lieu de découverte, de créativité et de rencontre.